La science en devenant opérative place l'homme hors de sa fonction naturelle dans l'ordre du monde, l'exposant ainsi à la vengeance de Némésis. Tout ce qu'il fait pour améliorer le monde suppose par là que celui ci n'est pas parfait, mettant en cause l'infaillibilité des dieux et provoquant un retour de bâton qui annule, voire inverse, les bienfaits supposés de son œuvre. Un constat, qui incite, le monde d'être effrayer par la science. Tous les chercheurs sont soumis à cette attitude qui leur fait se battre sans relâche contre le dernier obstacle avant la connaissance absolue, sans prendre le temps et le recul pour réaliser que ce dernier obstacle n'en est qu'un de plus et ne débouche que sur des problèmes à chaque fois plus complexes et plus nombreux, ni pour réaliser que les obstacles renversés ouvrent la porte à des conséquences à chaque fois plus néfastes sans permettre encore de résoudre les misères humaines qui motivent la recherche. Je vous dit que l'homme est devenu mauvais parce qu'il a été chassé du jardin d'Eden et non le contraire. Je vous dit aussi que le destin du Créateur et de sa Créature sont indissolublement liés. Le Créateur ne peut abandonner le monstre quel que soit le désir et le besoin qu'il en éprouve, et le monstre n'a plus de raison de vivre quand le Créateur meurt, alors même que toute sa vie n'a tendu qu'à le détruire. Le pire semble inévitable alors même qu'on voit clairement ce qu'il faudrait faire pour l'éviter. Un être pourvu du feu sacré, qui a la "connaissance du bien et du mal". Et c'est ce don lui même, conçu a priori comme une bénédiction, qui est a posteriori la cause de sa "chute". Mais ce n'est que quand il est bien trop tard et que son œuvre détruit tout ce qui avait de l'importance pour lui qu'il commence confusément à réaliser sa responsabilité dans la génération de ce qu'il cherchait à abolir.
Solsan.